Une semaine après la conclusion d’un accord de principe de 2,2 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a défendu ce partenariat devant les députés. Son discours a suscité de vives critiques, notamment de la part du parlementaire Guy Marius Sagna.
Le Fonds monétaire international (FMI) s’est retrouvé au cœur des débats politiques, mardi 8 septembre 2026, à l’Assemblée nationale sénégalaise. Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a défendu le nouvel accord conclu avec l’institution financière internationale.
D’un montant de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, cet accord doit soutenir le programme de réformes économiques et financières du Sénégal pour la période 2026-2029. Conclu au niveau des services du FMI, il reste soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration de l’institution.
Face aux députés, Ahmadou Al Aminou Lô a reconnu que le recours au FMI n’était pas une obligation, mais l’a présenté comme une démarche indispensable au regard de la situation des finances publiques.
Le gouvernement doit notamment apurer environ 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés de paiement recensés en mars 2025. Le Premier ministre a annoncé une nouvelle stratégie économique fondée sur une sélection plus rigoureuse des projets, l’augmentation des recettes de l’État et la rationalisation des dépenses publiques.
Il a également promis une gestion plus stricte de la dette et une discipline budgétaire renforcée afin de restaurer durablement l’équilibre des finances publiques. Le Sénégal entend privilégier un reprofilage de sa dette, à travers l’allongement des échéances et la renégociation des taux d’intérêt, plutôt qu’une restructuration globale.
Guy Marius Sagna dénonce un reniement
La défense de cet accord a toutefois provoqué de vives réactions à l’Assemblée nationale, y compris dans les rangs du parti au pouvoir.
Le député du Pastef Guy Marius Sagna a accusé le gouvernement de renier ses engagements en faveur de la souveraineté économique. Selon lui, le nouveau programme risque de placer le Sénégal « sous la coupe du FMI ».
Dans une intervention particulièrement critique, il a comparé le Premier ministre à un représentant des intérêts de l’institution financière internationale. Cette prise de position révèle des divergences au sein de la majorité sur la stratégie à adopter face aux difficultés budgétaires du pays.
Le gouvernement défend la continuité de son programme
En réponse aux critiques, Ahmadou Al Aminou Lô a affirmé que les mesures contenues dans l’accord ne sont pas imposées de l’extérieur.« Ce qui est dans le programme avec le FMI était déjà dans le PRES, dans le programme de Pastef et dans celui de Diomaye Président. Les conditionnalités sont vos propres conditionnalités. Tout ce qu’il y a dans ce programme, c’est ce que vous avez écrit », a-t-il soutenu.
Le chef du gouvernement assure ainsi que le programme conclu avec le FMI reste conforme aux orientations économiques défendues par le pouvoir sénégalais.
Des finances publiques sous pression
Ce débat intervient dans un contexte économique difficile. Le précédent programme avec le FMI avait été suspendu en 2024 après la découverte d’importantes dettes qui n’avaient pas été correctement déclarées sous l’ancienne administration.
Les nouvelles autorités cherchent depuis à assainir les comptes de l’État, à renforcer la transparence budgétaire et à restaurer la confiance des partenaires financiers. Elles doivent également faire face à la pression exercée par les agences de notation et les marchés internationaux.
Un appel contre la xénophobie
Au-delà des questions économiques, le Premier ministre s’est exprimé sur plusieurs sujets de société. Il a notamment condamné la montée des discours xénophobes au Sénégal et appelé au respect des étrangers vivant dans le pays.
Ahmadou Al Aminou Lô a toutefois rappelé que les ressortissants étrangers devaient respecter la législation sénégalaise. Il a également réaffirmé l’opposition du gouvernement à toute légalisation de l’homosexualité.
Entre nécessité d’assainir les finances publiques et volonté de préserver la souveraineté économique, l’accord avec le FMI s’impose désormais comme l’un des principaux sujets de débat au sein de la majorité sénégalaise.