La formation du nouveau gouvernement sénégalais marque le début d’une nouvelle phase politique particulièrement délicate. Alors que le Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, a officiellement refusé de participer à l’exécutif mis en place par le président Bassirou Diomaye Faye, plusieurs de ses membres ont choisi de conserver leurs fonctions ministérielles, au risque de s’exposer à des sanctions disciplinaires.
Onze jours après l’éviction d’Ousmane Sonko de la Primature, le président sénégalais a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô à la tête d’un gouvernement composé de 30 ministres. Si le Pastef a rapidement annoncé son refus d’intégrer cette nouvelle équipe gouvernementale, cinq personnalités affiliées au parti ont néanmoins décidé d’y demeurer.
Parmi elles figure notamment Yankhoba Diémé, reconduit au ministère des Forces armées. Son maintien au gouvernement a immédiatement provoqué une réaction au sein du parti. La section locale du Pastef de Bignona a annoncé, mardi 2 juin, son exclusion et son retrait de toutes les plateformes internes de communication du mouvement. Une décision qui pourrait préfigurer d’éventuelles sanctions à l’échelle nationale.
Outre Yankhoba Diémé, plusieurs autres responsables proches du Pastef figurent dans le nouvel exécutif. Il s’agit de Moussa Bala Fofana à l’Urbanisme, d’Ibrahima Sy à la Santé, d’Abdoul Ahad Ndiaye aux Transports terrestres et aériens ainsi que d’Alioune Dione à l’Économie sociale et solidaire. Selon plusieurs médias sénégalais, ces personnalités auraient également été retirées des canaux de communication internes du parti, tandis que certains collaborateurs auraient présenté leur démission en signe de solidarité avec la position défendue par Ousmane Sonko.
Le Pastef justifie son refus de participer au gouvernement par des divergences de fond avec le président Bassirou Diomaye Faye. Parmi les points de désaccord évoqués figurent la répartition des portefeuilles ministériels, la gestion de la dette publique, les mécanismes de reddition des comptes ainsi que la volonté d’établir les responsabilités dans plusieurs affaires d’assassinats politiques survenues ces dernières années.
Ces critiques s’inscrivent dans la continuité du discours prononcé par Ousmane Sonko le 26 mai dernier à l’Assemblée nationale, où il avait déjà exprimé des réserves sur certaines orientations économiques, notamment en matière de dette publique et de politique monétaire.
Un congrès décisif pour l’avenir du Pastef
La crise intervient à quelques jours seulement du premier congrès de l’histoire du Pastef, prévu le 6 juin à Dakar. Cette rencontre devra notamment permettre l’élection du président du parti, un poste pour lequel Ousmane Sonko est largement pressenti, ainsi que la définition des grandes orientations politiques du mouvement pour les années à venir.
Dans ce contexte, le sort des cinq ministres restés au gouvernement malgré la consigne officielle du parti pourrait rapidement s’imposer comme l’un des principaux sujets de débat. À ce stade, aucune décision nationale d’exclusion n’a encore été annoncée à leur encontre.
Par ailleurs, cette nouvelle configuration politique place le président Bassirou Diomaye Faye dans une situation institutionnelle inédite. Il dirige désormais l’exécutif avec un Premier ministre technocrate, tandis que le principal parti de la majorité demeure sous l’influence d’Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale.
Cette crise politique survient alors que le Sénégal traverse une période économique sensible, marquée notamment par les conséquences d’une sous-déclaration de la dette publique révélée ces derniers mois et par les discussions avec le Fonds monétaire international.
Dans les semaines à venir, la position des 130 députés du Pastef à l’Assemblée nationale pourrait s’avérer déterminante pour l’équilibre du pouvoir entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Tall Moussa