Fabriqué près de Dakar par Teranga Pharma, Drepaf est un générique de l’hydroxyurée proposé aux adultes et aux enfants. Cette production locale vise à rendre le traitement plus disponible et moins coûteux en Afrique subsaharienne.


 

Au Sénégal, le laboratoire Teranga Pharma mise sur la production locale pour faciliter l’accès au traitement de la drépanocytose. Depuis novembre 2025, son usine de Mbao, dans la périphérie de Dakar, fabrique Drepaf, un médicament générique à base d’hydroxyurée destiné aux patients adultes et pédiatriques.

 

Cette initiative répond à un important enjeu de santé publique sur le continent africain, où se concentrent près de 80 % des cas de drépanocytose recensés dans le monde.

Une maladie douloureuse et coûteuse

 

La drépanocytose est une maladie génétique du sang susceptible de provoquer de violentes crises douloureuses, une anémie sévère, une fatigue chronique et des hospitalisations répétées. Pour les patients et leurs familles, le coût de la prise en charge représente également une lourde charge financière.

 

« Ça fait très mal et on souffre beaucoup. Et quand on n’a pas assez de moyens pour se protéger de la maladie, on souffre encore beaucoup plus », témoigne Mamadou Tahirou, un Sénégalais de 18 ans atteint de drépanocytose depuis son enfance.

Deux dosages pour les adultes et les enfants

 

Drepaf est proposé sous deux dosages : 500 milligrammes pour les adultes et 100 milligrammes pour les enfants. La formulation pédiatrique peut notamment être administrée à partir de l’âge de neuf mois, sous surveillance médicale.

 

L’hydroxyurée est recommandée dans la prise en charge de la drépanocytose. Elle permet de réduire la fréquence des crises douloureuses, les hospitalisations et le recours aux transfusions sanguines. Elle contribue aussi à diminuer le risque de complications graves et de décès liés à la maladie.

 

Malgré son importance, ce traitement reste difficilement accessible dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Une étude publiée en 2023 dans la revue médicale Blood indiquait que 78 % des professionnels de santé interrogés dans 13 pays francophones de la région étaient régulièrement confrontés à des ruptures d’approvisionnement en hydroxyurée.

 

Une production locale pour réduire les coûts

 

La fabrication de Drepaf au Sénégal doit permettre d’améliorer la disponibilité du traitement, mais aussi d’en réduire le coût. Le laboratoire vend le médicament aux pharmacies au prix de gros de 3 000 francs CFA pour le dosage adulte et de 1 500 francs CFA pour la version pédiatrique.

 

Selon Teranga Pharma, certains médicaments importés contenant la même molécule peuvent coûter jusqu’à trois fois plus cher.

Pour Mouhamadou Sow, directeur général du laboratoire, la production pharmaceutique locale constitue à la fois une réponse sanitaire et un levier de développement industriel.

 

« Si l’Afrique veut se développer, si l’Afrique veut avoir une bonne santé, il faudrait que les médicaments que les Africains consomment soient produits en Afrique », soutient-il.

 

Une distribution envisagée dans plusieurs pays africains

 

Le projet bénéficie d’un financement de quatre milliards de francs CFA, soit environ 7,1 millions de dollars. Teranga Pharma collabore également avec un partenaire technique indien afin d’augmenter ses capacités de production.

 

Le laboratoire indique déjà travailler avec le Burkina Faso, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Il affirme également avoir reçu des demandes provenant de la République démocratique du Congo, du Gabon et du Cameroun.

 

L’entreprise ambitionne de répondre aux besoins de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne d’ici à 2030. Pour atteindre cet objectif, la disponibilité des médicaments devra toutefois s’accompagner d’un dépistage précoce, d’un suivi médical régulier et d’une meilleure sensibilisation des populations.

 

La production africaine d’hydroxyurée représente ainsi une avancée encourageante vers une prise en charge plus accessible de la drépanocytose, maladie qui continue de toucher durement des milliers de familles sur le continent.