Un an après le retrait des derniers soldats français du Tchad, les relations militaires entre N’Djamena et Paris semblent amorcer un retour progressif sous une forme plus discrète. Selon des informations relayées par Africa Intelligence, plusieurs officiers français auraient regagné la capitale tchadienne depuis la mi-avril 2026 afin de relancer les échanges avec les forces armées tchadiennes.
Une évolution qui intervient dans un contexte marqué par les déclarations de souveraineté ayant accompagné la rupture des accords de défense entre les deux pays.
Selon les mêmes sources, ce retour limité d’officiers français vise à rétablir progressivement les mécanismes de coopération avec l’armée tchadienne. Cette démarche intervient près d’un an après la dénonciation, le 28 novembre 2024, de l’accord de coopération militaire signé entre le Tchad et la France en 1976.
Cette décision avait entraîné le départ accéléré des forces françaises du territoire tchadien, faisant du Tchad le dernier pays du Sahel à mettre fin à une présence militaire française historique après le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Fin janvier 2025, les derniers soldats français quittaient la base d’Adji-Kosseï à N’Djamena. Les autorités tchadiennes avaient alors présenté ce retrait comme une étape importante dans l’affirmation de la souveraineté nationale. Le président Mahamat Idriss Déby Itno avait salué la fin de cette présence militaire tout en exprimant sa volonté de redéfinir les partenariats internationaux du pays sur la base du respect mutuel.
Vers une reprise progressive du partenariat sécuritaire
La situation actuelle traduit toutefois une évolution dans les relations entre les deux États. Après une rupture fortement médiatisée, Paris et N’Djamena semblent désormais privilégier une reprise mesurée de leur coopération dans le domaine sécuritaire.
La visite du président Mahamat Idriss Déby à l’Élysée, le 29 janvier 2026, avait déjà laissé entrevoir ce rapprochement. À l’issue de cette rencontre, les deux parties avaient affirmé leur volonté de poursuivre les discussions afin d’assurer le suivi des engagements pris entre les deux pays.
Si aucun détail n’avait alors été communiqué sur la nature de cette nouvelle coopération, plusieurs observateurs y voyaient déjà les prémices d’un réchauffement des relations. Par la suite, le président français Emmanuel Macron avait indiqué que son homologue tchadien souhaitait « rebâtir une relation de défense » avec la France, alimentant ainsi les débats sur la portée réelle de la rupture annoncée en 2024.
À ce stade, le retour signalé d’officiers français ne correspond pas à un rétablissement du dispositif militaire qui existait avant 2025. Il s’agirait plutôt d’une présence réduite consacrée à la formation, au conseil stratégique et à l’assistance technique. Néanmoins, sur le plan symbolique, cette évolution témoigne du maintien d’un lien sécuritaire entre les deux pays.
Un environnement sécuritaire toujours sous pression
Cette reprise de coopération intervient alors que le Tchad continue de faire face à d’importants défis sécuritaires. Le pays demeure exposé aux tensions régionales, notamment à ses frontières avec le Soudan, la Libye, le Niger, le Nigeria et la République centrafricaine.
La situation dans le bassin du lac Tchad reste également préoccupante en raison de l’activité persistante de groupes armés opérant dans cette zone stratégique.
Sur le plan intérieur, le pouvoir de Mahamat Idriss Déby continue de faire face aux critiques d’une partie de l’opposition et de la société civile. Bien que son élection à la présidence en 2024 ait marqué une nouvelle étape politique, plusieurs voix dénoncent toujours des difficultés liées à la gouvernance, aux libertés publiques, aux arrestations politiques, aux défis économiques et aux accusations de corruption.
Dans ce contexte, le retour d’une coopération militaire avec la France suscite des interprétations divergentes. Pour les autorités tchadiennes, il s’agit de répondre à des besoins sécuritaires concrets tout en diversifiant les partenariats extérieurs. Pour les détracteurs du régime, cette évolution apparaît comme un recul par rapport au discours de souveraineté porté lors du départ des forces françaises.
Entre souveraineté affichée et réalités stratégiques
La question de la cohérence entre les ambitions politiques et les impératifs sécuritaires reste au cœur du débat. Alors que le retrait des troupes françaises avait été présenté comme un acte majeur de souveraineté, la reprise progressive des échanges militaires montre que N’Djamena ne souhaite pas rompre totalement avec son ancien partenaire stratégique.
Cette situation illustre les défis auxquels sont confrontés de nombreux États africains confrontés à des menaces sécuritaires persistantes. La souveraineté ne se limite pas à l’absence de forces étrangères sur le territoire ; elle repose également sur la capacité des institutions nationales à garantir la sécurité, la stabilité et la confiance des populations.
Le retour discret d’officiers français à N’Djamena ne devrait donc pas, à lui seul, modifier les équilibres politiques et sociaux du pays. Les attentes de la population restent concentrées sur les questions de gouvernance, de développement et de stabilité.
Alors que Paris redéfinit progressivement sa présence en Afrique à travers des partenariats plus discrets et ciblés, le Tchad apparaît une nouvelle fois comme un acteur stratégique incontournable dans la région sahélienne, où les enjeux sécuritaires continuent de peser lourdement sur les choix diplomatiques et militaires.
TALLEB DE LA