| Une vaste étude menée pendant 18 ans auprès de près de 32 000 hommes établit un lien entre une fréquence élevée d'éjaculations et une diminution du risque de cancer de la prostate. Les chercheurs insistent toutefois sur le fait qu'il s'agit d'une association statistique et non d'une garantie de prévention. |
Le cancer de la prostate demeure l'un des principaux défis de santé masculine dans le monde. Alors que les campagnes de prévention mettent l'accent sur le dépistage et l'adoption d'un mode de vie sain, une étude américaine relance le débat en suggérant qu'une fréquence plus élevée d'éjaculations pourrait contribuer à réduire le risque de développer cette maladie.
Une étude de grande ampleur |
Les travaux, publiés dans la revue scientifique European Urology, ont été réalisés par des chercheurs de l'Université de Boston, aux États-Unis. Pendant 18 ans, les scientifiques ont suivi près de 32 000 hommes afin d'évaluer le lien entre leurs habitudes sexuelles et l'apparition d'un cancer de la prostate.
Au terme de cette longue période d'observation, 3 839 participants avaient développé un cancer de la prostate, tandis que 384 en étaient décédés.
L'analyse des données a révélé que les hommes déclarant au moins 21 éjaculations par mois présentaient un risque de développer cette maladie environ 20 % inférieur à celui des hommes dont la fréquence était nettement plus faible.
Des recommandations relayées au Royaume-Uni |
Ces résultats ont conduit les autorités sanitaires britanniques (NHS) à relayer les conclusions de l'étude. Elles recommandent notamment aux hommes âgés de plus de 40 ans d'avoir entre 13 et 21 éjaculations par mois, en s'appuyant sur les observations des chercheurs américains.
Selon ces derniers, l'orgasme favoriserait l'élimination de cellules vieillissantes présentes dans la prostate, réduisant ainsi la présence de cellules susceptibles d'évoluer vers un cancer.
Jennifer Rider, médecin spécialiste à l'École de santé publique de l'Université de Boston, estime que cette étude constitue « la preuve la plus solide jusqu'à maintenant sur le rôle bénéfique de l'éjaculation pour prévenir le cancer de la prostate ».
Les chercheurs ont également observé que les hommes âgés de 40 à 49 ans déclarant 8 à 12 éjaculations par mois présentaient une réduction d'environ 10 % du risque de cancer de la prostate. Cette diminution atteignait 20 % chez ceux rapportant 13 à 21 éjaculations mensuelles, comparativement aux hommes n'en déclarant que 4 à 7.
Une tendance confirmée par d'autres recherches |
Les conclusions de cette étude rejoignent celles de chercheurs de l'Université de Montréal, publiées dans la revue Cancer Epidemiology. Leurs travaux suggéraient également qu'une activité sexuelle plus importante était associée à un risque plus faible de cancer de la prostate.
Les chercheurs canadiens avaient notamment observé que les hommes ayant eu plus de vingt partenaires sexuelles au cours de leur vie présentaient un risque réduit de développer cette maladie, tout en rappelant qu'il s'agissait d'une corrélation statistique et non d'une relation de cause à effet.
Le dépistage reste indispensable |
Malgré ces résultats encourageants, les spécialistes appellent à la prudence. Ils rappellent qu'une fréquence élevée d'éjaculations ne protège pas totalement contre le cancer de la prostate et ne saurait remplacer les examens médicaux réguliers.
Le cancer de la prostate demeure le premier cancer masculin en France, avec près de 71 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Environ 300 000 hommes vivent avec cette maladie, qui provoque près de 8 870 décès annuels.
En attendant de nouvelles recherches permettant de mieux comprendre les mécanismes biologiques en jeu, les experts insistent sur l'importance du dépistage précoce, du suivi médical et de l'adoption d'un mode de vie favorable à la santé.