Kenya : les exportations d’avocats fragilisées par les tensions au Moyen-Orient
Les répercussions du conflit au Moyen-Orient se font désormais sentir bien au-delà de la zone de guerre. Au Kenya, l’un des principaux exportateurs africains d’avocats, la filière subit de plein fouet les perturbations du trafic maritime, entraînant une chute marquée des expéditions vers l’international.
Selon les données de la semaine 13 de l’année 2026, correspondant à la fin du mois de mars, les volumes exportés ont enregistré une baisse d’environ 50 % par rapport à la même période en 2025. Cette contraction intervient à un moment stratégique pour les producteurs kényans, alors que la période mars-avril constitue habituellement une fenêtre idéale pour s’imposer sur le marché européen, avant l’arrivée massive des avocats en provenance du Pérou.
Des délais logistiques devenus dissuasifs
À l’origine de cette chute : des difficultés logistiques majeures liées à l’allongement des routes maritimes et aux perturbations portuaires. En temps normal, un conteneur met environ 30 jours pour rallier Mombasa à Rotterdam, un délai déjà supérieur à celui des exportations sud-américaines.
Mais depuis le début des tensions, la situation s’est nettement détériorée. Les opérations de transbordement, notamment au port de Salalah à Oman, sont devenues plus longues et plus complexes. Résultat : les cargaisons destinées à l’Europe, notamment via Fos-sur-Mer en France, mettent désormais entre 50 et 56 jours pour arriver à destination.
Un délai jugé trop long pour un produit périssable comme l’avocat. Pour Eric Imbert, ces conditions rendent certaines exportations tout simplement non viables.
Une filière en pleine progression freinée net
Ces difficultés surviennent alors même que la filière kényane affichait une dynamique positive ces dernières années. Grâce à une meilleure structuration des producteurs et à l’amélioration des pratiques agricoles, la qualité des fruits s’était nettement accrue.
En 2024, le Kenya avait exporté près de 130 000 tonnes d’avocats, se positionnant au troisième rang mondial aux côtés du Chili et de la Colombie. Une performance qui témoignait des progrès réalisés dans un secteur en pleine montée en puissance.
Diversification et transformation : des solutions d’urgence
Face à cette crise, les exportateurs kényans tentent de s’adapter en explorant de nouveaux débouchés. La Turquie apparaît comme une alternative stratégique, servant de porte d’entrée vers le marché russe, tandis que les exportations vers l’Asie sont également renforcées.
Parallèlement, la transformation locale des avocats en huile gagne du terrain. Cette option, déjà encouragée lors des précédentes perturbations du canal de Suez, permet d’écouler une partie de la production. Selon les données du ministère américain de l’Agriculture, les volumes transformés ont été multipliés par trois entre 2024 et 2025.
Toutefois, cette solution reste moins rentable pour les producteurs, malgré son rôle de filet de sécurité dans un contexte incertain.
La Tanzanie mieux positionnée face aux perturbations
À l’échelle régionale, la Tanzanie semble mieux résister aux effets de la crise. Avec des volumes d’exportation plus modestes environ 30 000 tonnes par an le pays bénéficie d’un avantage stratégique : un accès privilégié au marché indien, exempt de droits de douane sur les avocats.
Une situation qui lui permet de limiter l’impact des perturbations actuelles et de maintenir une certaine stabilité dans ses exportations.
